QUAND L’ACADEMIE DES SCIENCES VOLE AU SECOURS DES INDUSTRIELS

QUAND L’ACADEMIE DES SCIENCES VOLE AU SECOURS DES INDUSTRIELS

ET DE L’ADMINISTRATION BUSH

 Un rapport déjà écrit avant d’être commandé

Le groupe de travail de l’Académie des sciences auteur du rapport " Les Plantes génétiquement modifiées ", rapport Science et technologie, n° 13, décembre 2002, était ainsi composé :
Animateur : Roland Douce
Membres :
Francine Cassé, Claude Gaillardin, Marcel Kuntz, Jean-Jacques Madjar, Georges Pelletier, Alain Rérat, Jean-Gabriel Valay, Alain Weil
Coordinatrice : Nicole Le Douarin
Ont également participé à la rédaction du rapport : Bernard Le Buanec et Jean-Noël Plages

Une très rapide recherche, effectuée sur la Toile, et portant sur la carrière et les activités de certaines de ces personnalités montre à l’évidence que leur opinion était déjà arrêtée sur la question des OGM avant que le rapport leur soit commandé.
Les liens de certaines d’entre elles avec l’environnement des grandes entreprises du complexe génético-industriel et de l’agro-alimentaire sont avérés, ce qui explique peut-être pourquoi elles ont cru bon de sortir du terrain scientifique pour s’ériger en porte-parole des intérêts de ces firmes, notamment en demandant la levée du moratoire européen sur les importations d’OGM.
Ce faisant, elles volent au secours de l’administration Bush qui s’apprête à porter plainte contre l’Union européenne devant l’OMC pour obtenir la levée de ce moratoire. Le titre d’un article du Financial Times du 10 janvier 2003 est à cet égard éloquent : " Les Etats-Unis prêts à déclarer la guerre sur les OGM ". Cela va donc faire deux guerres pour Washington…

 Quelques éléments biographiques à approfondir

M. Roland Douce, membre de l’Académie des sciences a été, à partir de 1986, responsable de l’Unité mixte CNRS/Rhône Poulenc (devenu Aventis) Agrochimie (UMR 41).

M. Claude Gaillardin, est l’un des responsables du Département Sciences et industries alimentaires et biologiques (SIAB) dont la vocation, entre autres, est de " former des ingénieurs et docteurs pour l’industrie ".

M. Marcel Kuntz
est impliqué dans les projets de recherche dits FP 4, soutenus par la Communauté européenne et par l’European Plant Science Organisation (EPSO) où l’on retrouve, à côté d’institutions d’enseignement et de recherche, plus de 60 entreprises privées, dont Aventis. EPSO a organisé sa première conférence en octobre 2002.

Mme Francine Cassé, membre de la Commission du génie biomoléculaire, assure un cours " Méthode d’obtention et applications agro-alimentaires et biomédicales des plantes transgéniques ", au terme duquel l’étudiant doit être capable de " citer des exemples d’applications potentielles de la transgénèse végétale en agriculture, industrie alimentaire, industrie pharmaceutique, etc. ". On comprend que, dans un article publié dans La Recherche, elle ait pu écrire que l’opposition aux OGM se fonde sur " des raisons qui lui échappent ".

Les travaux de M. Alain Rérat, du CIRAD, sont abondamment cités sur le site de l’industrie du vivant réalisé par la Confédération française des semenciers (CFS), le Groupement national interprofessionnel des semences et plants (GNIS), et l’Union des industries de la protection des plantes (UIPP). Il faut dire que le titre de l’une de ses recherches en cours va au-devant des désirs de ces organisations : " La transgénèse promeut une agriculture durable ". Le même M. Alain Rérat écrivait dans Sciences et Avenir (n° 629, juillet 1999) que " les farines animales produites en France sont au-dessus de tout soupçon, car nos systèmes de contrôle sont les plus draconiens d’Europe ".
Dans La Tribune du 2 avril 2002, M. Rérat était formel : " L’innocuité des OGM est assurée et leur traçabilité possible à condition toutefois d’établir des systèmes permanents d’évaluation et de biovigilance et de n’accorder leur autorisation qu’après évaluation au cas par cas ".

M. Alain Weil a aussi les honneurs du site mentionné plus haut avec son séminaire " Les pays en développement sont déjà entrés dans l’ère des OGM ". Il est l’un des deux responsables d’un projet conjoint du CIRAD et de la Fondation Aventis-Institut de France visant à faire partager aux pays du Sud les bénéfices de l’agriculture " soutenable ". Il y est notamment question de donner " des solutions alternatives à l’utilisation des produits phytosanitaires " (traduction : les OGM).

M. Georges Pelletier, de l’INRA, a été l’un des membres du conseil scientifique d’une exposition " Les OGM en questions " à la gloire des OGM. Sur un des panneaux, il est notamment indiqué que " les OGM sont la première innovation technique en agriculture dont les retombées sont étudiées avant leur mise en application à grande échelle ". Un peu plus loin, afin de banaliser les produits alimentaires à base d’OGM, il est précisé que " à ce jour, on ne peut pas évaluer de manière fiable et objective le potentiel allergène d’un aliment, OGM ou pas ".

M. Bernard Le Buanec est présenté comme correspondant de l’Académie d’agriculture de France et membre de l’Académie des technologies. Curieusement, une autre de ses qualités n’est pas mentionnée : celle de secrétaire général de la Fédération internationale des semences (FIS) et de l’Association internationale des sélectionneurs. Une de ses déclarations est dépourvue d’équivoque : " Nous pensons qu’à terme – il parle des semences – les OGM deviendront un produit banalisé ".
Il faut en conclusion féliciter le groupe de travail d’avoir indiqué que M. Jean-Noël Plages est directeur de la veille scientifique du groupe Limagrain.

 Ainsi ce groupe de travail est composé dans sa majorité de personnalités déjà totalement acquises aux OGM. Il n’y a rien à y redire si ces convictions reposent sur une démarche strictement intellectuelle et sont exemptes de tout intérêt matériel. Mais, dans ces conditions, il ne faut plus parler de rapport scientifique, qui aurait impliqué une confrontation de points de vue différents, voire contradictoires. En publiant ce " rapport " - à point nommé, compte tenu du contexte national et international - l’Académie des sciences s’est ravalée au statut d’officine de relations publiques des grands industriels du secteur et de l’offensive commerciale des Etats-Unis.