Horizon BIOGM? réflexions sur l'évolution de l'agriculture

Horizon BiOGM ?

Sur la colline juste en face, il y a 24 hectares de maïs OGM (1) qui sont presque bons à récolter… tandis que je fabrique du compost dynamisé pour les prairies et que les chèvres sont aux glands dans les bois avant la traite du soir, au cours de laquelle elles auront leur ration de plantes anti-virales pour renforcer leurs défenses immunitaires : quel contraste !

Bio et Ogm côte à côte.

Il y en a d’autres au Sud-ouest dans la même situation : 1280 ha d’Ogm en gironde ; 1100 en Lot et Garonne…

S’il était bien, dans un premier temps, de faucher les essais d’OGM pour mettre le problème en pleine lumière, aujourd’hui, à la vue de l’utilisation qui en est faite par les médias, des décisions des tribunaux qui condamnent "l’atteinte au travail et à la propriété d’autrui", et devant le fait que nous soyons passés de 450 ha à 20 000 ha cultivés, force est de constater que cette stratégie ne marche pas. Rien ne naît de bon par l’affrontement. Chacun repart avec encore plus de rancœur et d’animosité. Le résultat est là !

Alors :

-         sachant que la terre tourne, que le pollen d’Australie se retrouve ici, que la pollution de Londres se retrouve en Suisse et dans les Alpes ;

-         sachant que la plante, en digérant, renvoie dans le sol des exsudats racinaires (favorisant la levée de dormance de son synthaxon, la plante avec laquelle elle vit en symbiose - l’aristoloche clématite et la vigne, le coquelicot et le blé, etc.- et que l’on retrouve les molécules génétiquement modifiées dans les exsudats racinaires ;

-         sachant que le tournesol stocke maintenant les pesticides dans ses huiles essentielles ;

Que faire ?

Le monde paysan a cru au progrès technique et à la poudre blanche pour diminuer l’asservissement et la fatigue (2). Mais petit à petit, au lieu de travailler en lien avec la terre et les saisons comme depuis toujours - et en bio, voire en biodynamie même si ces termes n'existaient pas encore pour qualifier ces pratiques - pour assurer le quotidien, les fermiers se sont mis à travailler pour payer le tracteur, les engrais, le frigo, la télé, délaissant les veillées entre voisins, la fabuleuse souillarde et la cave, l’entraide aussi.... Bref, pour les choses que la publicité de la ville (la réclame) leur proposait, sensées faciliter la vie et apporter le "Bonheur". Ils ont coupé le lien avec leur terre nourricière et leurs voisins, ils se sont « spécialisés » pour produire, pour vendre. Alors sont arrivés les monocultures et autres élevages intensifs, et avec eux les maladies et les pesticides.

 

L'agriculture biologique est née de ce modernisme, sans doute en raison de cette empreinte indélébile venue du fond de nos entrailles, attachement à l’humus, reste d’humanité en l’homme… mêlée d’astralité. Mais les inconditionnels du progrès ont continué, l’exode rural aussi et la monoculture, avec son cortège de déséquilibres et maladies affiliées.

 

Alors la "magie" des apprentis sorciers est arrivée : les OGM, ce symbole du syndrome cartésien, de « l’homme possesseur et maître de la nature »…

… Et pendant que les gens, rendus dépendants en devenant consommateurs, bâtissaient avec leur propre argent des multinationales, celles-ci, pour gouverner, ont pris le pouvoir sur le monde avec les normes européennes, les subventions et l’OMC.

Le consommateur européen, de vieille souche rurale, réagit en plébiscitant une nourriture de qualité sans OGM… Alors les grandes surfaces se mettent au Bio, comme Total et Areva aux Eoliennes ! « Toute avancée révolutionnaire est assimilée par la société pour servir ses fins » disait Jacques Ellul (3).

 

Les céréales Bio d’Amérique du sud arrivent dans nos Biocoop, et sont souvent produites à proximité des céréales OGM et par les mêmes multinationales qui jouent sur les deux tableaux (soja, sésame, carthame d’Argentine avec 0,9 % de tolérance OGM…). Le modèle Occidental gagne le monde grâce au pouvoir dévastateur des multinationales, des moyens de communication et des médias. L’exode rural massif d’Hindous et de Chinois, voulant aussi le progrès et cette facilité, nous sera sans doute fatal.

 

A moins que… ?

En France, cet exode rural massif a libéré beaucoup de terres, laissées par les vieux qui arrêtent leur activité tandis que les jeunes sont attirés par les lumières de la ville, terres sur lesquelles se sont jetés les agriculteurs restants, aidés par la Safer et lobotomisés par les lycées agricoles et les techniciens des coopératives, et qui, grâce à la mécanisation soutenue par le crédit agricole, n’ont cherché que la facilité et le rendement, la productivité.

 

Alors, plutôt que d’affronter l’autre, celui qui emploie vingt-cinq traitements sur les pommes ou sème des OGM, il me paraît préférable de parler avec lui du sol, de la plante, des maladies qu’il rencontre… Et à travers cet échange, de le re-sensibiliser au fait que la maladie vient avant tout du déséquilibre : carences et excès ne règlent-ils pas la vie du sol, de la plante qui y pousse, de l’animal qui s’en nourrit, et la nôtre aussi puisque nous mangeons les deux ? Exemples : les toxines du maïs OGM BT– produites en très grandes quantités par les plantes génétiquement modifiées devenues elles-mêmes insecticides - vont agir sur la faune, la flore et les micro-organismes du sol, les insectes pollinisateurs et les prédateurs naturels des nuisibles. Tout comme les pesticides en agriculture classique, qui détruisent la vie bactérienne aérobie du sol, lequel entre en anaérobiose provoquant blocages et hydromorphismes induits, sources de maladies neurovégétatives chez l’animal et chez l'homme (Creutzfeldt-Jacob, tremblante du mouton, Alzheimer, etc.). On constate d’ailleurs dans le maïs classique aujourd’hui que la flore spontanée qui y pousse (Datura, Lampourde, Digitaire, Setaires…) est essentiellement indicatrice de : pollution, asphyxie du sol, anaérobiose, par excès de nitrates ou potasse et nitrites.

En cette année au climat pour le moins fantasque (été pourri en Sud-ouest) avec déficit de lumière, nécessaire à la photosynthèse de la plante, le mildiou a proliféré en vignoble notamment. Certains producteurs Bio, craignant le pire, ont eu recours à la chimie classique pour sauver leur récolte. Car il est clair qu’on ne peut cultiver n’importe quoi n’importe où, même en Bio. Il faut avant tout cultiver la bonne chose au bon endroit, s’adapter au biotope dans la biodiversité en favorisant la lutte biologique, tendre vers l’EQUILIBRE, ce maître mot aussi nécessaire au sol qu'à la marche et à notre vie affective et sociale.

 

Reparlons donc d’assolements quinquennaux pour que le sol se régénère en suivant le cycle naturel : légumineuses, puis graminées, puis hémiparasites (remplacées en agriculture par les cultures à racines et tubercules). Ainsi, avec une fumure adaptée (respectant le rapport C/N), utilisée à bon escient, le sol s’équilibre et les maladies s’éloignent car la vie bactérienne aérobie s'effectue. L’oxygène et l’azote du dessus, nécessaires à la chimie du sol, pénètrent, le sol étant la zone de communication  et d’échange entre l’atmosphère et la roche-mère (75% des sols sont actuellement compactés).

Reparlons aussi polyculture / élevage qui sont l’alternative à la monoculture polluante, mangeuse de subvention et génératrice de surproduction. On arrive naturellement à l'autonomie qui nécessite de renouer le lien avec les autres pour échanger produits et travail. C’est un profond changement qui est nécessaire, se remettre en question, donner sa connaissance, apprendre, réapprendre, comprendre et ne pas prendre l’autre pour un demeuré.

Avec 200 000 à 400 000 agriculteurs pour nourrir 60 millions de français et en plus exporter… il n’y a pas de place au respect du sol, de la vie et de l’environnement. La souveraineté alimentaire du Sud implique de retrouver notre propre souveraineté alimentaire. Nous sommes sous perfusion par rapport au Sud qui travaille pour nous et nous les inondons de notre surproduction chimique subventionnée. L’exode rural a tout bouleversé. Avec l’individualisme et l’argent pour Dieu cela mène au chaos actuel. Il reste à renouer le lien avec la terre entre nous, et avec la vie qui nous entoure.

Saurons-nous ?

Jean-Yves Boussereau

Notes :

1 – Maïs Mon 810 =Maïs BT, seule culture OGM autorisée sur le sol français à des fins commerciales

2 – En référence aux films "Farrebique et Biquefarre" de Georges Rouquier sur la même ferme à 30 ans d’intervalle", et à "Ligne générale" de Sergei Mikhailovich Eisenstein sur l'industrialisation des campagnes.

3 - L’illusion politique (livre de poche) de J. Ellul

4 - l’Encyclopédie des Plantes Bio Indicatrices – Alimentaires et Médicinales", Edition Promonature – de Gérard Ducerf : site www.promonature.com

 

Pour en savoir plus :

Jean-Yves Boussereau

Le moulin du Lisos

33690 Grignols

Tél. /fax : 05 56 25 52 76