OGM : l’Inde fait mariner Monsanto sur l’aubergine

Publié le par VIGILANCE OGM 33


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Agriculture . New Delhi refuse d’autoriser l’exploitation du premier légume génétiquement modifié mondial, créé par la firme américaine.

Par PIERRE PRAKASH NEW DELHI (INDE), de notre correspondant

L’Inde a finalement renoncé à faire le grand saut dans l’univers des OGM. Après avoir repoussé la décision en octobre, le ministre indien de l’Environnement, Jairam Ramesh, vient en effet d’annoncer que son gouvernement n’autoriserait pas l’introduction d’une aubergine génétiquement modifiée, malgré le feu vert accordé par l’organisme public chargé des évaluations, après neuf ans de tests.

«C’est mon devoir d’adopter une approche prudente et préventive et donc d’imposer un moratoire sur l’introduction de l’aubergine transgénique, en attendant une étude scientifique indépendante pour s’assurer de ses effets à long terme sur la santé humaine et l’environnement, a-t-il justifié. Il n’y a pas de consensus clair au sein de la communauté scientifique, et il n’y a pas d’urgence.» Seul le coton transgénique a pour l’instant été autorisé en Inde et l’aubergine aurait constitué le premier OGM comestible d’Inde, et même le premier légume OGM au monde, les cultures alimentaires jusqu’alors autorisées étant limitées aux céréales.

Dans ce contexte, la «Bt brinjal» - comme on appelle en Inde cette aubergine dotée d’un gène (Cry1Ac) issu de la bactérie Bacillus thuringensis (Bt), toxique pour les insectes - faisait l’objet d’une vive polémique. Y compris au sein même du gouvernement, puisque les ministres de la Science et de l’Agriculture s’étaient prononcés pour sa légalisation. Près de la moitié des Etats de l’Union avaient au contraire déclaré qu’ils interdiraient cet OGM, quelle que soit la décision du gouvernement…

Esclandre. Pris entre deux feux, Ramesh avait pris soin d’organiser une série de consultations. Des rencontres qui ont souvent tourné à l’esclandre, pros et antis s’étant mobilisés en masse. Pris à partie par des manifestants déguisés en aubergines géantes, le ministre était accusé de faire le jeu des multinationales. «Je ne suis pas un agent de Monsanto !» avait-il dû justifier, en référence au géant américain, qui possède 26% de la société Mahyco, l’inventeur de cette fameuse aubergine. La validation de cette culture aurait placé les producteurs indiens à la merci de Mahyco, qui aurait eu le monopole de l’approvisionnement en graines. Enjeu crucial : ce légume constitue l’une des principales cultures du pays, et fait partie du régime alimentaire indien, surtout pour les plus pauvres. «Des craintes très sérieuses ont été soulevées sur la possibilité que Monsanto puisse contrôler notre chaîne alimentaire», a admis Ramesh, reprenant l’argumentaire des altermondialistes.

Mahyco et les partisans de la légalisation affirment que la nouvelle variété réduirait de plus de moitié les pertes dues aux insectes, permettant ainsi de diminuer significativement l’utilisation de pesticides, sans pour autant mettre en danger les consommateurs. Les opposants, eux, s’inquiètent des conséquences sur la santé, et soulignent que cet OGM nuirait à la biodiversité par ses risques de contamination.

Corporatistes. Ils dénoncent des études scientifiques influencées par des intérêts corporatistes. Une expertise du Français Gilles-Eric Séralini a d’ailleurs conclu que les tests effectués par Mahyco n’étaient pas scientifiquement acceptables… «Ce moratoire prouve que la science de Monsanto est frauduleuse, et que le système de régulation gouvernemental des OGM est corrompu», se réjouissait hier Vandana Shiva, chef de file du mouvement anti-OGM.

Le moratoire ne concerne que l’aubergine de Mahyco, pas les OGM en général. Dans ce pays où un tiers des récoltes annuelles sont abandonnées aux insectes et où près d’un enfant sur deux souffre de malnutrition, des tests restent en cours sur d’autres légumes. Mais la décision de New Delhi sonne comme un statu quo sur les OGM comestibles. En Inde, et d’autres pays en développement, qui suivaient de près la saga de la «Bt Brinjal».


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