L'étude sur les OGM de M. Séralini rejetée par les experts européens

Publié le par VIGILANCE OGM 33




LE MONDE | 05.10.2012 à 12h48 • Mis à jour le 05.10.2012 à 15h07

Par Stéphane Foucart


    L'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a rendu public, jeudi 4 octobre, un avis préliminaire très critique sur la valeur des travaux conduits par le biologiste Gilles-Eric Séralini (université de Caen), publiés le 19 septembre dans la revue /Food and Chemical Toxicology <http://www.lemonde.fr/sujet/a5e2/chemical-toxicology.html>/.

Ces recherches prétendent observer <http://conjugaison.lemonde.fr/conjugaison/premier-groupe/observer>, sur le rat, des effets délétères liés à la consommation <http://www.lemonde.fr/consommation/> d'un maïs transgénique (NK603), associé ou non à l'herbicide auquel il est rendu tolérant, le Roundup. Pour les experts de l'agence européenne basée à Parme (Italie <http://www.lemonde.fr/italie/>), l'étude est de/"qualité scientifique insuffisante" /pour être considérée comme /"valide pour l'évaluation des risques"/.

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L'EFSA reproche notamment à ces travaux d'avoir <http://conjugaison.lemonde.fr/conjugaison/auxiliaire/avoir> utilisé une souche de rats – dits de Sprague-Dawley – connue pour être naturellement sujette au développement de tumeurs /"au cours de son espérance de vie de deux ans"/. Soit précisément la durée de l'expérience menée par M. Séralini et ses coauteurs. Et ce, sans que /"ce fait ne soit ni pris en compte ni abordé par les auteurs"/, critiquent les rapporteurs de l'agence. La même souche est utilisée dans les tests réglementaires de toxicité dite "subchronique", mais ceux-ci sont limités à 90 jours, pendant une période de la vie des rongeurs au cours de laquelle l'incidence de ces tumeurs est réduite.

***TROP PEU DE RATS*

De plus, le nombre de rats enrôlés est trop faible, ajoute l'EFSA. M. Séralini a utilisé dix rongeurs de chaque sexe pour chacun des dix régimes alimentaires testés (trois doses d'OGM, trois doses d'OGM associé au Roundup, trois doses de Roundup et un groupe témoin). Mais sur une durée de deux ans, le nombre d'animaux doit être environ cinq fois supérieur, selon les lignes directrices établies par l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

Le nombre d'animaux est /"insuffisant pour pouvoir <http://conjugaison.lemonde.fr/conjugaison/troisieme-groupe/pouvoir> faire/ /une distinction entre l'incidence des tumeurs dues au hasard et celles dues à des effets spécifiques associés au traitement"/.

Ces principaux reproches formulés, l'EFSA note que la méthode de traitement statistique des données est inhabituelle, que l'exposition réelle des animaux à l'herbicide ne peut être évaluée, que la présence fortuite de mycotoxines (toxiques pour les animaux) dans l'alimentation <http://www.lemonde.fr/agriculture/> n'a pas été contrôlée, etc./ "Nous n'attendons rien de l'EFSA, mise lourdement en cause pour conflits d'intérêts sur les OGM/, rétorque M. Séralini dans un communiqué. /De plus, l'agence est juge et partie, ayant autorisé les produits que nous avons évalués à long terme et dont nous avons publié les résultats dans une des meilleures revues mondiales de toxicologie."/

*L'EFSA A TRAVAILLÉ DE MANIÈRE LAXISTE*

De fait, l'institution est régulièrement épinglée par les ONG pour divers conflits d'intérêts – son ancienne présidente a notamment été embauchée par un lobby industriel – mais les critiques qu'elle formule à l'encontre des travaux de M. Séralini ne diffèrent pas de celles qui circulent dans la communauté scientifique académique. Ni de celles déjà exprimées par l'agence de sécurité sanitaire <http://www.lemonde.fr/securite-sanitaire/> allemande (BfR). De plus, l'analyse rendue publique n'a pas été réalisée par le "panel OGM" de l'EFSA, qui a précédemment autorisé la mise sur le marché le NK603, mais par un groupe ad hoc, constitué d'experts issus des différentes unités de l'agence. M. Séralini n'en dénonce pas moins le /"deux poids deux mesures"/ dont il s'estime victime.

/"Pour autoriser <http://conjugaison.lemonde.fr/conjugaison/premier-groupe/autoriser> ces mêmes produits /, /l'EFSA a travaillé de manière laxiste à très court terme avec les données problématiques et très insuffisantes de Monsanto, qu'elle garde secrètes"/, ajoute le biologiste français.

L'EFSA demande à M. Séralini l'accès à l'ensemble des paramètres mesurés au cours de son expérience, au nom de /"l'ouverture et de la transparence"/. Sans accès à ces informations, une évaluation complète d'une publication est impossible. /"Nous mettrons nos données sur le site Internet du Criigen /(Comité pour une recherche et une information indépendantes sur le génie génétique) /lorsque l'EFSA fournira les données qui lui ont servi à évaluer ces produits/, dit au/Monde/ M. Séralini. /Il est impensable qu'au XXI^e  siècle ces données demeurent confidentielles."/

L'agence de sécurité sanitaire française (Anses) et le Haut Conseil <http://www.lemonde.fr/sujet/cd60/haut-conseil.html> des biotechnologies (HCB) doivent prochainement publier <http://conjugaison.lemonde.fr/conjugaison/premier-groupe/publier> leurs propres évaluations.

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