Brinjal Bt, une aubergine OGM qui sème la discorde

Publié le par VIGILANCE OGM 33

Inde : Brinjal Bt, une aubergine OGM qui sème la discorde
Par Anna Guzzini | Aujourd'hui l'Inde.com | 22/10/2009 | 10H44

Le comité d'autorisation du génie génétique (GEAC) a approuvé la semaine
dernière la production d'une aubergine transgénique en Inde. Face à la levée
de boucliers des mouvements anti-OGM, le ministère de l'Environnement a dû
repousser la décision finale d'autoriser ou non l'introduction du légume sur
le marché.

Il s'agirait du premier aliment OGM produit et commercialisé en Inde. Le
Brinjal Bt, une aubergine transgénique mise au point par le semencier indien
Mahyco, a passé tous les tests et reçu l'approbation de la GEAC. Mais pas
celle des associations environnementales, qui pointent du doigt des
recherches trop courtes et des résultats mitigés.

Le Bacillus thuringiensis, Bt pour les intimes, est une bactérie présente
dans le sol et utilisée à grande échelle comme pesticide. En introduisant
une partie du code génétique du Bt dans celui d'une aubergine, les
chercheurs de Mahyco ont obtenu un légume capable de produire lui-même une
toxine mortelle pour certains parasites.

Conclusion, d'après le semencier, « le Brinjal Bt garantit de meilleurs
rendements et donc un accroissement des revenus pour les paysans ». Autre
argument de poids pour les agriculteurs indiens, la société assure que le
prix de ses semences resterait abordable pour les fermiers les plus
modestes.

Les incertitudes sanitaires

Pourtant, ce qui semble être une bonne nouvelle pour le secteur agricole
indien n'est qu'une manouvre dangereuse pour les mouvements anti-OGM, parmi
lesquels le Centre pour l'agriculture durable.

Dans un rapport détaillé sur le Brinjal Bt, l'association remet en cause la
validité des études menées sur l'aubergine transgénique et transmises au
GEAC :

 « Ces études ne donnent aucune garantie sur les effets du Brinjal Bt sur
la santé des consommateurs à moyen ou long terme. »


Plus grave, l'association pointe du doigt le manque d'objectivité des
recherches :

 « L'écrasante majorité des tests ont été effectués par des sociétés
productrices d'OGM, et non pas par des laboratoires indépendants. »


En effet, les rapports disponibles sur le site officiel du GEAC indiquent
que la plupart des laboratoires impliqués dans le processus de validation
ont été sponsorisés par Mahyco.

La preuve pour les mouvements anti-OGM que le système d'autorisation des
cultures transgéniques doit être réformé. Aujourd'hui, la recherche en
laboratoire puis en champs ainsi que l'introduction sur le marché d'un OGM
dépend presque exclusivement du GEAC, qui se base sur un règlement datant de
1989, l'Environment Protection Act.

Le feu vert du ministère de l'Environnement

Le ministère de l'Environnement peut intervenir à tout moment de la
procédure pour autoriser ou interdire la poursuite d'un projet portant sur
un OGM, et c'est lui qui donne le feu vert définitif pour son introduction
sur le marché.

L'Inde a déjà mené cette procédure à son terme en 2005, en autorisant la
culture du coton Bt. Mais après deux ans de culture intensive, de nombreux
agriculteurs de l'Etat du Penjab, grand producteur de coton, se plaignent
d'une baisse catastrophique de leur production.

Le Centre pour l'agriculture durable martèle :

 « L'autorisation prématurée de la culture du coton Bt a fait des paysans
des cobayes involontaires. »


Avec l'introduction du Brinjal Bt sur le marché, les associations
environnementales craignent que chaque consommateur ne soit acteur d'une
expérimentation à grande échelle.

De leur côté, les partisans de la culture OGM brandissent l'argument
pragmatique de l'urgence de trouver des solutions à la malnutrition qui
gangrène le pays. Néanmoins, l'Inde étant traditionnellement importateur net
dans le domaine agricole, une simple hausse de la production se révèlerait
inefficace.

Face à cette opposition farouche de la part de la société civile, le
ministre de l'Environnement Jairam Ramesh a finalement repoussé la sentence
gouvernementale à janvier 2010, le temps pour lui d'organiser des
consultations publiques et de laisser s'exprimer les pros et les contras.

Malgré tout, Mahyco, premier producteur de semences d'Inde détenu à 26% par
un certain Monsanto, reste confiant en son argumentation bien huilée. Le
semencier a d'ailleurs d'autres propositions dans ses cartons, parmi
lesquels un riz, une tomate et une pomme de terre OGM. Le débat est donc
loin d'être clos.

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