A propos de la patate Amflora

Publié le par VIGILANCE OGM 33

Cette semaine, Marianne a posé cette question à Jean-Claude Jaillette et Pierre-Henri Gouyon dont les avis divergent sur le lien entre OGM et progrès...




NON : leur innocuité n’est pas prouvée

Cette pomme de terre nouvelle possède des gènes de résistance aux antibiotiques qui vont se mélanger à d’autres…

Il n’y a pas eu d’accord des nations pour la commercialisation de la nouvelle pomme de terre. La majorité qualifiée n’a pas été recueillie. Il y a bien eu une négociation entre ministres, mais ils n’ont pas réussi à se mettre d’accord. Le président de la Commission, José Manuel Barroso, a pris la décision d’autoriser la culture de la patate génétiquement modifiée de façon non démocratique, comme pour tous les OGM acceptés en Europe.

Les experts scientifiques européens qui jugent de l’innocuité de ces OGM brevetés travaillent main dans la main avec les industriels des biotechnologies. Ils n’ont pas l’indépendance et la neutralité, deux qualités indispensables pour une expertise crédible. A ce titre, le cas de Suzy Reckens est parlant : l’ancienne directrice du groupe OGM de l’Agence européenne de la sécurité des aliments (Aesa) a rejoint un poste de responsabilité chez Syngenta qui produit des OGM. Moi, je n’ai aucun intérêt personnel dans l’affaire. Je sais seulement que cette pomme de terre nouvelle possède des gènes de résistance aux antibiotiques, alors que les instances européennes devaient les interdire à partir de 2004. Les bactéries qui vont se développer dans le tubercule ont des chances de récupérer ces gènes, donc de devenir dangereuses pour l’homme. Actuellement, même sans la patate transgénique, plusieurs milliers de personnes meurent déjà chaque année en France de bactéries qui résistent aux antibiotiques.

Autre problème et pas des moindres, les pommes de terre, normalement, ne font pas de graines, mais il y a des exceptions. Or ces plantes génétiquement modifiées, qui vont disséminer leur pollen et leurs graines, vont se mélanger à d’autres, donnant naissance à des transgéniques non maîtrisés dont les effets sur l’environnement et la santé sont largement inconnus. Une chose est sûre en revanche, les gènes introduits dans les pommes de terre sont brevetés. Le brevet couvrira aussi les plantes contaminées et, comme au Canada, l’agriculteur dont le champ sera porteur d’OGM « sauvages » pourra être condamné pour avoir cultivé un gène breveté sans payer de royalties à la firme qui en a la propriété intellectuelle. Croisements et dispersions associés aux brevets, si on n’y prend garde, permettront à terme à quelques entreprises de prendre possession de toutes les semences cultivées sur la planète et tueront la diversité des cultures.

Même si on ne mange pas les OGM brevetés, ils vont nous manger.

Par Pierre-Henri Gouyon
Professeur de biologie au Muséum national d’histoire naturelle, à AgroParistech et Sciences-Po Paris, spécialiste des sciences de l’évolution, génétique, botanique et écologie.


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