La vigne OGM n'est pas encore mûre

Publié le par VIGILANCE OGM 33

 22/10/08

A Colmar, les agronomes testent une première génération de porte-greffes transgéniques contre le virus responsable de la maladie dite du « court-noué ».


Les vendanges battent leur plein en Alsace et le vin sera paraît-il bon. En lisière de Colmar, les chercheurs de l'Institut national de recherche agronomique (Inra) finissent de récolter leurs 13 hectares. Une seule parcelle a échappé aux serpettes. Elle ne compte que 10 ares mais c'est la vedette de l'institut. Une cinquantaine de porte-greffes testent un transgène contre la maladie dite du « court-noué », engendrée par un virus, qui décime les vignes. Ce champ de recherche publique des OGM est le dernier qui subsiste en France, avec l'essai de peuplier transgénique près d'Orléans (« Les Echos » du 24 janvier 2008). La parcelle fête discrètement l'anniversaire de ses trois ans. « L'année va être stressante, car l'essai a été autorisé par l'Etat pour quatre ans, mais il sera peut-être arraché l'an prochain », s'inquiète Jean Masson, le directeur du centre.

Olivier Lemaire, le responsable du projet, nous ouvre le cadenas de la haute clôture qui isole les 1.600 pieds du carré de vigne, le premier rideau des nombreux niveaux de précaution. On s'attendait à voir la vigne ravagée par le court-noué, elle paraît en pleine forme. Aucune différence ne saute aux yeux entre le carré central d'une cinquantaine de pieds transgéniques et les autres pieds témoins (non protégés) achetés sur étagère qui les entourent. « Détrompez-vous, assure le chercheur, la terre est bien infestée de nématodes, 70 % des pieds témoins sont touchés », promet Jean Masson, devançant certaines critiques.

Une année supplémentaire

Marc Fellous, président de la Commission du génie biomoléculaire, avait récemment déploré en public les difficultés de l'expérience, qu'il soutient pourtant : « Ils ont dû tellement protéger leur parcelle que les maladies qu'ils attendaient pour tester les résistances tardent à venir. » A l'Agence nationale de recherche qui participe au projet, on confirme qu'à cause de l'isolement de la terre par une bâche le nombre de nématodes dans la parcelle est encore insuffisant. Les responsables de l'étude leur ont demandé une année supplémentaire pour en tirer le bilan scientifique.

Les chercheurs de Colmar reconnaissent à demi-mot qu'il est trop tôt pour déceler les symptômes de la maladie du court-noué comme la déformation des feuilles. Olivier Lemaire montre quelques signes avant-coureurs mais rien de très flagrant.

Sans grande visibilité sur l'efficacité de leur technologie, les chercheurs de l'Inra insistent désormais sur l'enjeu scientifique de l'expérience. Jusqu'ici, comme souvent dans les OGM, les biologistes ont travaillé à l'aveugle. Les travaux ont débuté il y a vingt ans quand les biotechnologies balbutiaient. Les agronomes virent dans la transgénèse un outil prometteur pour enrayer les ravages du court-noué, sans remède. Ce virus est injecté dans les racines du porte-greffe par les nématodes, des petits vers qui contaminent 30 % des sols des vignobles. Elle provoque la déformation des rameaux, perturbe le développement de la plante et finit par dégrader la qualité du raisin. Les généticiens ont récupéré le gène du virus qui code la protéine composant l'enveloppe du micro-organisme. Ils ont ensuite inséré une copie inversée de ce gène dans le génome du porte-greffe, avec l'espoir de perturber la fabrication des capsides et donc la multiplication des virus. Une première expérimentation en Champagne dans les années 1990 avait montré une certaine protection des lignées disposant du transgène.

L'importance des micro-ARN

Mais depuis le début des années 2000, les biologistes ont découvert que la vie cellulaire est bien plus complexe qu'ils ne croyaient. Ils ignoraient en particulier le système cellulaire d'alerte fondé sur les micro-ARN. Ces petits rubans d'acides nucléiques sont les interrupteurs du génome : ils verrouillent sélectivement certains gènes et savent donc arrêter ou ralentir la production d'une protéine. C'est par ce biais que les pathogènes prennent le contrôle des cellules végétales, mais les plantes savent aussi se défendre via des micro-ARN. Reste que les chercheurs sont loin de comprendre tous les circuits de cette usine chimique. Ils ne savent pas par exemple si la protection du porte-greffe garantit celle du cépage greffé. L'expérimentation de Colmar devrait éclaircir l'effet du transgène sur les communications des micro-ARN. « La première génération d'OGM et sa stratégie du capside a fait ses preuves sur plusieurs plantes comme le papayer ou le prunier, mais son application à la vigne est moins évidente, car la résistance passe par la médiation du porte-greffe. La pression des nématodes est aussi plus constante, alors que le papayer n'affronte que des vols passagers de pucerons », estime Jean Masson.

Olivier Lemaire et son équipe travaillent sur une deuxième génération de vigne OGM pour rendre plus efficace l'action des micro-ARN. « Il s'agit de stimuler la défense du porte-greffe pour qu'il se défende le plus vite possible après une infection. C'est une course de vitesse. » Le travail de concertation avec le comité de suivi a également ouvert de nouvelles pistes de recherche. « Les chercheurs estimaient il y a quelques années impossible que le transgène passe du porte-greffe au cépage. Nous ne l'excluons plus », explique Jean Masson.

Pour Marc Fellous, l'expérience de Colmar avec son comité de suivi mériterait d'être tentée ailleurs pour débloquer les recherches sur les OGM : « A l'étranger, les chercheurs sont éberlués qu'on ait pu toucher à la vigne, un tel symbole en France. »

MATTHIEU QUIRET

Note personnelle:
Sans aller chercher des OGM, il serait intéressant de semer des tagètes (oeillets d'inde) entre et dans les rangs de vigne. Cette plante est connue et réputée  pour ses propriétés nématicides.
Les mots-clefs
· Porte-greffe : individu constitué du système racinaire et du bois de la vigne qui porte le cépage producteur de raisin.
· Cépage : les rameaux, les feuilles et les fleurs donnent leur particularité au raisin, et donc au vin. L'essai de Colmar utilise un pinot Meunier dont les fleurs sont supprimées dès leur apparition.
· Court-noué : maladie virale qui décime le vignoble français.
· Nématodes : ces minuscules vers de terre injectent le virus du court-noué dans les racines des porte-greffes.

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